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Gare au complexe du « sauveur blanc »

Récemment, je parcours mon feed Facebook et je suis tombée sur un article d’un grand média populaire qui me donnait LA solution pour sauver le monde lors de mon prochain voyage : « apporter des cahiers et des crayons dans ma valise. »

Je n’y vois pas un siiiii gros problème. Ça peut être une bonne idée s’ils n’ont pas accès à des fournitures scolaires, c’est vrai. Mais avant d’écrire sur le sujet et de proposer une telle solution, ces gens se sont-ils seulement arrêtés pour observer comment ces peuples vivaient avant de leur offrir des sacs d’école et des fournitures?

S’intéresse-t-on à ces gens ou simplement à leur pauvreté? #pornpoverty

Je pense que c’est l’avantage de voyager lentement en nomade, de prendre le temps de s’arrêter dans les peuples et de s’y intégrer. De comprendre leur mode de fonctionnement et d’en conserver un peu dans notre mode de vie. D’apprendre à vivre au rythme des peuples d’au travers le monde.

C’est probablement ce qui manquait à l’auteur du texte que j’ai lu. La connaissance de la culture qu’il s’apprêtait à aider.

En mettant des cahiers dans ma valise comme j’apporte mon maillot de bain à Cuba, je tiens pour acquis que toutes les plages sont baignables comme je tiens pour acquis que toutes les écoles fonctionnent pareilles. Et si leur école ne fonctionne pas comme la nôtre, et bien, ce serait comme si je tenais pour acquis qu’elles sont moins bonnes et que forcément, je dois leur fournir le matériel que nous utilisons au Québec.

Ça me pose alors deux problèmes de jouer au « Sauveur blanc »

1) Cette impression de colonisation.

Ceux qui ont l’attitude de « sauveur blanc » souhaitent faire à leur place plutôt que de leur apprendre. Pourquoi ne pas offrir une formation afin de leur apprendre comment fabriquer du papier et des cahiers? Ils n’auraient ensuite plus besoin de nous pour en apporter dans nos valises. Mais alors? Nous ne servirions plus à rien puisqu’ils n’auraient plus besoin d’être sauvés.

2) L’auto-pouvoir qu’on s’accorde

C’est là que la deuxième problématique se pose. Celle du pouvoir que nous nous autoattribuons.

Pourquoi est-ce que moi, Canadienne blanche, je sais ce qui est bon pour les peuples que je visite?

Pourquoi j’aurais forcément la bonne réponse à la méthode d’éducation. Et surtout, est-ce que notre mode de vie nous rend plus heureux que le leur?

Parce qu’à force de tapisser notre rêve américain sur tous les fronts, de tous les pays, peu importe leur niveau de développement, ils en viennent à nier leur culture, leurs racines et à rêver d’être comme nous alors que, moi, j’envie la simplicité qui entourait jadis leur mode de vie. Pourquoi la leur enlever?

Observer et écouter plutôt que de s’imposer et les « sauver »

À cause de la façon dont je voyage, j’essaie de prendre le temps de m’imprégner de chaque culture et de chaque pays que je visite. J’essaie d’apprendre à vivre comme eux plutôt que de comparer à ma culture sans cesse, je me sens le devoir de sensibiliser tous ceux qui n’auraient pas appris à voyager dans le respect.

Tous ceux qui s’attendent à retrouver ailleurs leur confort matériel.

Tous ceux qui croient qu’avec du shampoing, des crayons et d’autres bien matériels, ces peuples seront plus heureux alors que le rêve américain tue notre propre bonheur.

Nous, nomades, sommes bien placés pour le savoir. Partages-tu cet avis?

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Claudine Gagnonhttps://nomadjunkies.com
Amoureuse de Montréal, je n'arriverais pas à déménager à l'étranger. Il n'en reste pas moins que je profite de chaque moment de pause pour parcourir le monde. J'adore travailler et habiter avec les communautés du monde pour réellement découvrir leurs cultures. Le monde est mon terrain de jeu et mon lieu de travail à la fois.
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