Doublement junkie : Comment le diabète m’a appris à voyager différemment

Doublement junkie : Comment le diabète m’a appris à voyager différemment

Ma carrière de voyageuse en backpack a commencé en même temps que celle de diabétique.

La vie est parfois bien faite. Elle m’a lancé une épreuve et une nouvelle passion au même moment, pour me permettre d’avaler plus facilement la pilule de la maladie chronique. Je devais partir pour mon premier trip outre-mer, mini voyageuse sans expérience que j’étais, il y a une dizaine d’années. Finalement, j’ai atterri à l’hôpital.

Tu ne sais pas trop c’est quoi, avoir la vie qui bascule, avant de le vivre. Ta réaction peut être variable… Dans mon cas, j’ai pris un mois avant de pouvoir revoir mon backpack et mon Lonely Planet. C’était juste insensé. Puis, je sais pas trop comment ni avec quelle énergie, j’ai décidé que ça ne m’empêcherait de rien, dans la vie.

Ça me prendrait plus de temps, d’organisation, de planification, mais nothing serait impossible. Tsé quand tu décides de quelque chose pis que tu as confiance que c’est exactement comme ça que ça se passera, ben c’est ça. Tu crées ton chemin.

Ça aura été le seul trip cancellé à cause de la maladie, EVER.

J’aurais aimé ça, être une backpackeuse spontanée

Tu prends 2-3 robes soleil, des flip-flops, une paire de jeans et des t-shirts, puis tu les roules en boule dans un sac avec des coins déchirés. T’attaches tes cheveux, t’as les yeux plein d’étoiles pis t’es prête pour le bout du monde.

Tu es légère, tu as le charme de la spontanéité et de l’aventureuse qui n’a besoin de rien pour être heureuse ou pour survivre. Tu es game pour tout, en tout temps. T’es toujours prête dans la minute. Une montagne, une descente en rappel, un sundae au dulce de leche, un safari, l’ascension d’un volcan au lever du soleil, un café vietnamien, une ride de scooter dans les rizières, une bière. Juste une bière.

Là, c’est le moment où je vais dire des trucs, pas pour faire pitié, mais pour montrer une réalité de voyageur différente. Pis, juste après, je vais te dire quand même que si je recommençais, je choisirais ma vie de junkie de l’insuline et de voyages.

Dans ta réalité différente, ton daybag est rempli d’aiguilles, de tubes, de réservoirs pis de stock médical

Avec le diabète, t’as l’air de vouloir sauver un hôpital d’Afrique tellement t’en as, du matériel à apporter. Tu crains la chaleur des tropiques parce que ça peut scrapper ton médicament/ton carburant. Tu te dis que si t’avais à sauver une seule chose, en cas de catastrophe, tu choisirais ton insuline plutôt que ton passeport. Tu vérifies trop souvent ton inventaire – glucomètre, pompe, insuline. Ok, tu peux continuer. T’as l’air anxieuse, mais t’es zen pareil.

T’aimerais ça, juste t’habiller le matin pis partir, en marchant, en courant, en roulant, en pagayant, sans trop te poser de questions. Boire des cocktails immenses au pub crawl, un après l’autre. Ça vaut-tu vraiment une soirée à mal feeler ou une virée à l’hôpital? Nah. Fack t’as l’air de la voyageuse sage. Qui est prévoyante, qui réfléchit avant d’agir, qui a un style de vie healthy de nomade.

Même si c’est pas aussi charmant que la backpackeuse les cheveux au vent qui est sans contraintes, tu planifies, tu comptes, tu fais des réserves, tu traînes une pharmacie géante dans ton backpack. Tu apprends «no sugar please» dans la langue du pays. Tu prévois des collations (viens pas me dire que c’est hot, planifier des collations?! Des fois, je sens que j’ai 5 ans).

Tu te fais des sessions d’injections, tu te connectes à ton tube, tu startes ta pompe, puis tu repars (viens pas me dire que c’est sexy, être branchée à une machine?! Des fois, je me sens bionique).

Une fois que tu es settée, que tu as ta dose pour vivre, tu laisses tes cheveux tomber, tu prends ton packsack un peu lourd, puis tu passes la gate de sécurité. Tu lâches prise sur ce sur quoi tu n’as pas de contrôle. Le jour d’après, t’attaches ta machine sur ton bikini, tu vas dans l’océan salé. Pis tu te sens aussi en vie et reconnaissante de voyager que la backpackeuse libre.

Va pas penser que je dis tout ça pour me plaindre. Yes, y’a des jours moins faciles, comme aujourd’hui, où tu dois prendre plus de breaks, moins de risques. Tu chill à Saigon, relax, puis après ton café sans sucre, tu te dis que c’est pas vraiment grave, dans le fond.

Life is life… Tu peux quand même vivre juste avec de l’air pur, de l’eau fraîche, pis… de l’insuline. So what?

T’as juste une façon différente de faire du backpack, comme sûrement des milliers de gens

Oui, j’aimerais ça tomber sur un biscuit chinois qui dirait que je serais guérie. Mais ces biscuits-là, sont pas encore assez hot pour ça. À la place, ça t’envoie des messages utiles comme «L’amour viendra sous peu» ou «Tu trouveras la richesse». Fack je vais continuer de voyager avec mon gros sac, mes aiguilles, mes icepacks pis mes barres tendres.

Là, y’a ma mère, au Québec, qui a ben hâte que je rentre du Vietnam, mais qui sait pertinemment que je repartirai. Pis des fois, toute seule.

On a comme seules limites celles que l’on s’impose soi-même. Physiques ou psychologiques. Si tu as le goût de partir, de faire des trucs crazy dans la vie, parle moi pas d’une excuse. Je suis pas mal sûre qu’il y a une solution.

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Je ne vis pas du voyage, mais il fait certainement partie de moi; je suis une nomade dans l'âme. Un backpack, un (ou deux) billet d'avion, et l'envie de voir, connaître et rencontrer, y'a rien de mieux!

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