Le trip de moto d’une vie de Montréal jusqu’au Guatemala

Le trip de moto d’une vie de Montréal jusqu’au Guatemala

Si la ligne imaginaire longeant l’Équateur était une route faisant le tour de la Terre, elle ferait 40 000 km. À l’été 2013, j’ai fait près de la moitié de ce tour de notre belle bleue. 18 000 km seul en moto.

18 000 km en deux mois qui m’auront menés de Montréal au Guatemala, puis de retour au bercail. 18 000 km de défis, d’introspection, de moments épiques, de moments de panique, d’aventure et de liberté. 18 000 km où j’ai pensé aux Jack Kerouac, Che Guevara et Robert Pirsig de ce monde qui, avant moi, ont écrit sur l’appel de la route.

Mais surtout, 18 000 km où tout ce que j’avais à faire, c’était de vivre cette route.

Sur la route - Le trip de moto d'une vie jusqu'au Guatemala - Nomad Junkies

La vérité, c’est que je ne suis parti en quête de rien. Il n’y avait pas de grande question à laquelle j’avais soif de réponse. Malgré tout, des réponses aux questions qui ne m’effleuraient pas l’esprit me sont venues. C’est ça la beauté d’être confiné à un casque pendant des heures à tous les jours. À un certain point, tu t’abandonnes à atteindre un niveau de réflexion qui va au-delà de ce que ton quotidien te permettrait. Une méditation par la chaussée.

Et face à soi-même, c’est dur de se mentir…

Traversier Baja Mexique - Le trip de moto d'une vie jusqu'au Guatemala - Nomad Junkies

Voyager seul, ça te met dans une bonne disposition. Tu es plus facile à approcher et à héberger. Tu es dans un état d’esprit où tu souhaites rencontrer, alors qu’avec des amis, tu serais occupé à construire des insides de voyage avec eux. Et la moto, c’est rapprocheur. Il n’y a pas beaucoup de motards qui ne m’ont pas envoyé la main en chemin (le namasté du deux-roues) lorsqu’ils me voyaient avec mes bagages montés broche à foin; ou encore qui venaient me jaser avec étonnement, lorsqu’ils apercevaient ma plaque «Je me souviens».

Au passage, ils partageaient leur envie de ce trip élusif dont on parle toute une vie mais qu’on ne fait pas; leur jalousie du plaisir de passer ses journées à l’extérieur, à profiter d’un millier d’odeurs, de l’air frais et des exaltations de ce type de périple.

Moto, impro, dodo

Je suis parti un matin d’août, sans grande préparation, sur une moto plus vieille que moi (une ‘79, alors que je suis un modèle de ‘86) avec quelques outils, du matériel de camping et un sac de 50 L. Ma seule certitude était de savoir où j’irais passer la première nuit : chez un ami à Toronto. Le reste, je le planifierais au fur et à mesure.

Routes - Le trip de moto d'une vie jusqu'au Guatemala - Nomad Junkies

Je me suis rendu en Californie en moins de deux semaines. C’est beaucoup de route en peu de temps, mais je ne m’étais donné que deux mois pour la durée entière du voyage. Je devais donc être efficace et choisir les endroits où je passerais plus de temps. La Cali était clairement un de ces endroits.

Je roulais en moyenne six à huit heures par jour et j’avais trouvé un site qui était un genre de couchsurfing entre motocyclistes. Pour un gars qui n’avait qu’une couple de semaines d’expérience de conduite en bécane et qui est nul en mécanique, c’était une belle occasion de rencontrer d’autres trippeux de moto, qui avaient déjà voyagé de cette façon et qui pourraient m’offrir conseils et coups de main.

Plage - Le trip de moto d'une vie jusqu'au Guatemala - Nomad Junkies

Ça m’a permis de faire la connaissance d’un tas de gens qui m’ont accueilli comme un frère et qui m’ont fait visiter leur coin de pays avec fierté. Les américains sont réellement accueillants, peu importe les préjugés qui peuvent parfois exister envers eux. J’ai eu des discussions tellement enrichissantes avec des gens de toutes allégeances.

Noirs, blancs, riches, pauvres, démocrates, républicains, pro-fusil, pro-marijuana, un pilote d’avion de chasse de l’armée, un redneck de trailer-park, des riches du Colorado, des hippies de la Californie, un gars de la NASA… Mais toujours des gens au bon cœur. Plusieurs d’entre eux m’ont même hébergé pour quelques jours, le temps que je fasse une réparation ou encore qu’une tempête passe. Plusieurs m’ont rassuré et m’ont tant donné.

Ils ont rendu ce voyage possible.

Prisonnier du paradis

Le Mexique, c’était une autre paire de manches. Je ne parlais pas espagnol mais j’ai vite appris. En chemin, j’ai eu la chance de croiser un Japonais (Takashi de son prénom) sur une petite moto 250 cc avec qui j’ai fait ma première traversée du pays des tacos et de la tequila. Il faisait le tour du monde depuis plusieurs mois et son trip me donne l’impression de n’avoir fait qu’un vulgaire tour du bloc.

En deux semaines, nous nous sommes liés d’une amitié silencieuse qui transcendait les mots. Non pas que la barrière du langage était grande, mais parce que c’était un gars pensif, réservé. But we had each other’s back. Nous avons sillonné le Mexique à travers des tempêtes tropicales quotidiennes et bravé tous les terrains : tantôt côtiers, plus tard urbains, ruraux, montagneux ou désertiques; mais toujours crevants en avant-midi et torrentiels après le dîner.

Baja California - Le trip de moto d'une vie jusqu'au Guatemala - Nomad Junkies

Nous nous sommes séparés à Puerto Escondido, à l’extrémité sud-ouest du pays. J’avais décidé d’y passer quelque temps sur la côte pour surfer et recharger mes batteries (pas celles de la moto) avant le Guatemala. Le timing était bon puisque les conditions météo se sont rapidement détériorées. Les routes sont devenues impraticables et j’étais «prisonnier» de ce paradis du surf pendant plusieurs jours, soumis à une tempête tropicale qui ne voulait pas s’atténuer.

Après réflexion, j’ai choisi de visiter le Guatemala en autobus, ce qui s’avéra sage. Les routes en piteux état du Guatemala, massacrées par les précipitations, m’auraient limité et je n’aurais pas pu voir toute la beauté que ce pays avait à m’offrir. Ses jungles et ses montagnes emplies d’une végétation luxuriante, ses lacs majestueux, sa riche culture, ses mets savoureux, son architecture pittoresque, ses ruines historiques, ses marchés aux mille couleurs et odeurs…

J’aurais tant aimé y passer plus de temps. Au fond, comme pour la majorité des endroits où je suis passé…

Attitlan - Le trip de moto d'une vie jusqu'au Guatemala - Nomad Junkies

Le retour d’El Pancho

Mais je devais retourner enfourcher El Pancho, ma moto, baptisée dans le désert du Baja par des mexicains qui m’ont vendu de l’essence, alors que j’étais au bord de la panne. Leur ranch m’est apparu comme un mirage, alors qu’il n’y avait rien à des kilomètres à la ronde.

Quelqu’un devait veiller sur moi, quelque part en haut.

El Pancho et moi avons développé une relation complice. Je lui parlais constamment, lui disant qu’en se rendant à bon port, je changerais son huile ou je lui arrangerais une lumière brisée. C’était le fidèle destrier avec qui je fonçais vers le soleil, comme Lucky Luke et son Jolly Jumper. El Pancho m’attendait sagement à l’auberge où on avait séjourné à Puerto Escondido.

Prêt à entreprendre le chemin inverse.

Guatemala - Le trip de moto d'une vie jusqu'au Guatemala - Nomad Junkies

Fort de près d’un mois à parler l’espagnol et après une première traversée du Mexique, la 2e en solo ne m’effrayait plus. En fait, j’avais hâte de reprendre la route, cette fois-ci les yeux fixés vers le nord. Je n’avais connu aucun ennui mécanique majeur (plusieurs mineurs, mais rien d’alarmant) et je me croisais les doigts pour que le retour se passe de la même façon.

Cette fois-ci, c’était un Mexique frais et montagneux qui s’offrit à moi lors des premiers jours. J’appréciais la différence et un des meilleurs souvenirs de tout ce voyage restera simplement le café et la soupe qui m’ont réchauffé au cœur des montagnes, dans un restaurant perdu, intemporel et rustique. Le genre d’endroit mystique qu’on ne trouve que par la force d’un heureux hasard ou de la bonne fortune.

Après une dizaine de jours à dévorer les routes du Mexique, j’ai regagné la frontière du Texas.

Grand Canyon - Le trip de moto d'une vie jusqu'au Guatemala - Nomad Junkies

Les ennuis commencent

Le retour aux États-Unis a été un petit choc après plus d’un mois à parler espagnol, à ne pas flusher mon papier de toilette et à m’ennuyer des douches chaudes (à forte pression) de l’Amérique du Nord. Mais le plus gros clash a été la conduite. Dans les villes d’Amérique centrale, c’est la loi du plus fort, le «tasse-toi-si-tu-es-plus-petit-que-moi-parce-que-je-ne-me-tasserai-pas-moi». Les limites de vitesse sont renforcées par des topes (dos d’ânes), non par des radars, et les voies tracées sont inexistantes. Tu fais ta place en jouant du coude.

Malgré tout, on y trouve le rythme et on s’y habitue. Étrangement, j’ai préféré ce style de conduite, si énervant au départ. J’ai fini par m’y sentir plus en sécurité qu’à la maison, où les gens sont distraits et engourdis au volant. Là-bas, je me sentais comme dans un essaim d’oiseaux au vol coordonné.

Un chaos orchestré.

Village Guatemala - Le trip de moto d'une vie jusqu'au Guatemala - Nomad Junkies

De retour aux US of A, les problèmes ont finalement commencé. La force des choses, j’imagine. J’ai dû constamment m’arrêter pour remédier à des difficultés mécaniques. Un pneu à changer, un alternateur foutu, des pannes, des pertes d’huile, puis finalement, à Buffalo, ironiquement si près de la maison, mon moteur a rendu l’âme sur l’autoroute. Un infarctus dont El Pancho ne se remettrait pas.

Encore une fois, la gentillesse incommensurable des gens que la vie a mis sur ma route m’a complètement abasourdi. De purs inconnus m’ont remorqué jusqu’à l’hôtel le plus proche où je pourrais passer la nuit et trouver un garage le lendemain (allant même jusqu’à payer ma chambre!).

Routes Guatemala - Le trip de moto d'une vie jusqu'au Guatemala - Nomad Junkies

Un gars du coin m’a hébergé la nuit suivante, puis m’a reconduit de l’autre côté de la frontière, en Ontario, chez un vieux mécano patenteux sympathique. Ce dernier m’a hébergé pendant quatre jours puis m’a fait profiter de son CAA afin de m’envoyer 250 km plus près de chez moi. Un pote de Montréal est finalement venu nous «cueillir», ma monture et moi, pour les quelques 300 km qu’il nous restait à franchir.

Ce n’était pas la glorieuse rentrée au bercail que j’envisageais, mais au moins je revenais avec la moto. Elle n’a pas rendu l’âme à 10 000 km de Montréal, où j’aurais dû l’abandonner.

En panne - Le trip de moto d'une vie jusqu'au Guatemala - Nomad Junkies

Des réponses sans questions

Ultimement, ce qui aura le plus marqué ce voyage, ce sont ces exemples d’inconnus qui m’ont aidé. Ces étrangers qui sont devenus des frères instantanés. Les couchers de soleil, je les ai absolument appréciés; les vues imprenables aussi. Mais la gentillesse, l’ouverture, la proximité et la générosité dont mon aventure aura été ponctuée est réellement le plus grand souvenir que j’en conserve.

Avant de partir, je ne me posais pourtant pas de question sur l’état de la générosité ou de l’empathie humaine. Mais j’en ai eu la preuve indéniable en chemin.

J’imagine que la meilleure façon de trouver ce genre de réponses, c’est d’aller à la recherche des bonnes questions.

À 18 000 km de chez soi.

Merci à tous ceux qui ont rendu cette aventure possible.

Frank et El Pancho - Le trip de moto d'une vie jusqu'au Guatemala - Nomad Junkies

P.-S. : El Pancho a subi une transplantation de cœur et se porte mieux que jamais.

Nous repartirons ensemble cet été pour un autre périple.

Mais ça, c’est une autre histoire…

Quelle est ta meilleure expérience de roadtrip?

Pour en savoir plus sur les destinations parcourues, procure toi le guide Fabuleux Ouest Américain et Fabuleux Mexique ainsi que le Guide Ulysse Guatemala.
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Avec un livre, une guitare, ma moto et un backpack, j’ai tout ce qu’il faut pour être heureux. J’ai décidé de suivre le soleil pour voir ce qu’il avait à m’offrir. «The good old days are yet to come.»

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